10/02/2013
Carnet de voyage en Inde - Pondichéry - Souffle de l'Inde
Vendredi 8 février,
Mes débuts dans l’Inde profonde sont accueillis comme il se doit pour un touriste. J’ai dû passer la plus grande partie de la journée d’hier cloîtrée à la maison. Enfin, sur la deuxième partie de l’après-midi, Josette et Jayan m’ont emmenée dans la ville blanche de Pondichéry.
Josette habite dans le quartier des pêcheurs, au nord de la ville. Maisons en briques avec ou sans étages et cahutes en terre et palmes tressées s’alignent le long de rues bétonnées. Les rues sont étroites mais accueillent le trafic incessant des habitants. Il n’y a pas de trottoirs et chacun partage l’espace sans y penser. Femmes, hommes, enfants, chiens, vachettes, chèvres, gallinacés et oiseaux de toutes sortes vont et viennent, se saluent, s’arrêtent, discutent, fouillent et pico-rent dans des tas d’ordures qui jonchent le sol.
Jeudi soir, Josette est venue me chercher à l’aéroport de Chennai. Une foule intense attendait dehors et je cher-chais en vain sa tête blonde qui ne pouvait que se détacher de cette foule brune et grouillante. Enfin j’ai entendu mon nom. Elle était là avec Jayan, son fils indien adoptif. Une voiture avec chauffeur nous attendait non loin de là. Il était 21h environ et 3 heures de route nous attendaient encore pour arriver jusqu’à Pondichéry. Nous arrivons vers minuit à Pondichéry. La ville est relativement calme mais notre chauffeur continue de klaxonner.
Conduite au klaxon : Nous partons dans un vacarme indescriptible, un trafic intense où il faut se frayer son chemin. Josette m’explique que la conduite en Inde est différente d’en Europe. Ici, on klaxonne à tout va. Le klaxon ne sert pas à dire « écartez-vous, vous gênez », mais « je suis là, je passe ». Personne ne fait attention à ne pas gêner l’autre et c’est à chacun d’anticiper ce que celui de devant va faire. Pas d’usage de clignotant pour tourner, non plus. Donc, chaque fois qu’il y a un véhicule devant nous, le chauffeur klaxonne. Cela dure presque tout le voyage, y compris lorsque le trafic se fluidifie après la sortie de la ville.
La maison de Josette est typiquement indienne. Il y a deux appartements répartis sur deux niveaux. Un, en rez-de-chaussée qui accueille les stagiaires français qui viennent donner un coup de main à Souffle de l’Inde, pendant douze à dix-huit mois ; l’autre, à l’étage, est habité par Josette et Jayan. On entre dans le séjour après avoir tra-versé une terrasse couverte, meublée de fauteuils en osier. Puis, dans l’enfilade, il y a la salle à manger. Sur le côté droit, il y a deux chambres avec chacune son cabinet de toilettes et entre les deux, la cuisine. On peut faire le tour de l’appartement à l’extérieur par un petit couloir abrité qui enserre l’étage. Nous avons vue sur la mer à l’arrière. Devant, des petites cahutes de pêcheurs, en palmes tressées ont été construites en toute illégalité sur des terrains laissés vacants par des propriétaires qui attendent le bon moment pour monnayer leur bien. Ce sont les plus pauvres qui vivent dans ces maisons, dans lesquelles arrive l’électricité mais pas l’eau. Pour se laver Ils doivent la transporter du point d’eau le plus proche. Chez Josette l’eau est pompée jusque sur le toit où un réser-voir noir la stocke et la chauffe toute la journée au soleil. Malgré tout l’eau qui arrive au robinet n’est jamais très chaude !
En route pour Pondichéry,
Nous sommes mercredi 6 février, mon Smartphone me dit qu’il neige à Grenoble alors qu’ici, à Dubay, le soleil perce déjà la coque de verre et d’acier qui enserre la plateforme d’embarque-ment. Je suis à l’aéroport du Katar rempli d’un monde cosmopo-lite. Il est 8h 30, heure locale. J’ai débarqué depuis 2h environ et j’attends patiemment l’heure de mon prochain avion pour Chen-nai en Inde, qui décollera environ à 14h30.
Partie vers 21h30, hier soir de St-Exupéry, j’ai peu dormi. Mes pau-pières sont lourdes, ma tête bourdonne.
Mais, cet aéroport est incroyable. Immense supermarché Duty free, il livre aux voyageurs toute l’étendue du luxe le plus fin de la planète. Le plus fin et il me semble le plus cher. Mais je ne suis pas encore en me-sure de bien mesurer le prix des choses, ici… Hommes enturbannés, en jean ou en tuniques sur pantalons fins, hommes en robes longues avec Kaftans blancs, à carreaux rouges ou bruns, femmes voilées, femmes-fantômes noires qui laissent seulement entrevoir de leur visage une mince fente garnie de yeux sombres en alerte, touristes âgés, lourds au pas trainant, jeunes femmes et jeunes hommes avec enfants en bas âges ou sans, de type euro-péen, oriental ou asiatique, se croisent dans une parfaite indifférence, chacun tirant ou poussant ses bagages, sui-vant sa destination et son attrait pour les biens terrestres, enfin chacun suit son destin.
Je voyage avec une compagnie Qatarie, Emirates. Leurs hôtesses de l’air sont magnifiques. Elles aussi représentent tous les conti-nents et portent une tenue qui allie, orient et occident. Un voile blanc crème, est plissé, enserré dans le bord droit de leur bibi rouge et drape leurs épaules sur une veste de tailleur beige dont les bords sont sertis de rouge. La jupe est droite, sous le genou, avec deux plis creux à fond rouge. Parfois, elles portent un panta-lon simple ou une jupe longue, avec un pli creux rouge au dos. Elégance sobre, occidentale avec un air d’orient.
Carnet de voyage en Inde - Pondichéry - Souffle de l'Inde
Ce voyage m’a été inspiré par l’invitation de Josette Rey, présidente de Souffle de l’Inde, association d’aide aux veuves indiennes, à l’occasion de son 10ème anniversaire.
Autrefois en Inde, lorsque le chef de famille mourrait, l’environnement familial considérait que son épouse l’avait mal soigné et donc ne pouvait continuer à vivre. Elle était jetée vivante sur le bucher de son mari. Aujourd’hui, cette tradition n’a plus court, mais la femme est jetée hors du foyer matrimonial.
En Inde, la naissance d’une fille est encore vécue comme une calamité dans les basses castes, car celle-ci doit être absolument mariée et doit apporter à sa belle-famille, richesse et prospérité. Cela signifie qu’elle apporte dote, le plus souvent sous forme de bijoux et fils. Si le mari meurt prématurément, le contrat est rompu. L’épouse re-tourne dans sa famille, mais celle-ci n’est pas toujours encline à la recevoir. Elle se retrouve donc dans une ex-trême pauvreté, sans toit, séparée de ses enfants. Les filles sont peu scolarisée et ne savent pas faire d’autres tra-vaux que ceux du ménage.
Josette a découvert cette situation lors d’un voyage en Inde, s’en est émue et a décidé d’agir.
Elle a recueilli des fonds pendant 2 ou 3 ans, créé un home d’accueil pour ces femmes, un atelier pour leur ap-prendre à travailler hors de chez elles. Ainsi, elles retrouvent dignité et autonomie, retrouvent leurs enfants et une place dans la société indienne. . L’objectif de l’atelier est aussi de financer l’association.
J’ai rencontré Josette lors d’un marché de Noël, sur mon canton. Elle vendait des objets et tissus indiens. Elle m’a exposé l’objet de sa présence, son projet m’a plu et je l’ai soutenue autant que possible depuis lors en lui achetant des produits et par une subvention du Conseil général.
Son expérience rejoint ce que nous mettons en oeuvre en France à l’intention des publics au RSA.
Après dix ans de fonctionnement, je voulais voir comment les femmes évoluent après être passées à Souffle de l’Inde.
Mais Josette, sans doute un peu essoufflée par la lourdeur des responsabilités, quelques péripéties et déboires de santé, autant que par le temps passé, a décidé de revoir les contours du fonctionnement de son association.
C’est à Kochi, dans le Kerala, qu’elle a créé et fait vivre l’association pendant toutes ces années ; c’est à Pondichéry désormais, qu’elle a décidé de continuer. Je suis donc en route pour Pondichéry, mais nous irons aussi à Kochi, voir les femmes de Souffle de l’Inde.
Ce carnet est personnel. Je veux, avec lui, modestement transmettre mes impressions et découvertes. Il est destiné à toutes celles et ceux qui voudront bien le lire. Il peut être transmis à qui le veut.





























